Fusion noire

L’anecdote finit. Il est banal de traverser. Il faut reconnaître la rue mais respirer. Une astuce soulage : raconter les derniers pas à l’envers, en commençant par les plus angoissants. A la fin, un moment comme à mi-chemin, il a cru un film projeté qui n’arriverait pas. Et pourtant, à rebours, il s’était contredit. Cette banalité, elle était lancée d’un pas dément : « Pourquoi décider ? » en pensant, pas aux mots, au poète les montrant. On ne voit bien qu’à contre-jour. Point de cœur, l’essentiel est la vue de l’invisible. D’un œil nouveau maintenant, de quelque chose se réjouit qui avait perdu ou avait jeté sa canne. Avant tout, traverser, comme ça. Personne ne pourra dire l’effet d’une voiture. Évitons aux surprises d’être, pour ne pas écraser nos yeux aveugles.


Ce texte est une première participation au nouvel « Oulipien de l’année », rubrique du site « Zazie mode d’emploi » dans laquelle cette année sont salués ensemble Eduardo Berti et Pablo Martín Sánchez, deux des Oulipiens les plus récemment adoptés.
Le texte source est formé de deux parties composées chacune par l’un des deux oulipiens : on procède à une hybridation dans laquelle les mots principaux des deux textes sont intercalés en respectant leur ordre. Un peu de polysémie arrange le tout tant bien que mal.
Posté sur la liste Oulipo le 3 novembre 2018.

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