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Dernier haïku dans Hydrea:

brouillard au vent cède
les poings se lèvent les têtes
et la terre gronde

18 février : Ayant lu sous la plume d’une personne très estimée « Injurier un écrivain et académicien est un exercice intellectuel difficile. Il y faut du talent, un choix original de mots, un humour cruel. Les antisémites qui ont injurié Fienkielkraut étaient navrants de bêtise et de platitude. Sous ces gilets la crasse. »

toi volonté d’écraser l’autre
toi l’argument d’autorité
toi mépris du verbe emprunté
toi courtisane patenôtre
je vous récuse

toi la condamnation sans preuve
toi la ruse du mot fardé
toi l’enthousiasme à lapider
toi poison dans l’eau qui abreuve
je vous récuse

toi le cadenas sur la porte
toi l’insensible majesté
toi le cœur par l’or infesté
toi le sommeil de l’âme morte
je vous récuse

16 février : Un article important de François Bon « Mécanismes de survie en littérature hostile » dans un numéro spécial de la revue Littérature réalisé par Olivia Rosenthal et Lionel Ruffel « La littérature exposée ». Une réaction :

aucun ISBN tatoué sur mes recueils
leur grave troupeau
sous les palmes de mon arbre
cherche la chaleur du soleil et de l’amour
chaque mot
dans une vibration qu’entretient le lecteur
devient sa musique
et m’oublie

3 février : Josette Audin, après une longue vie de courage dans la lutte pour faire reconnaître le meurtre de l’état français contre son époux Maurice Audin, s’est éteinte aujourd’hui. Une belle absente :

Josette, quel chemin rêvé de plomb figé,
Avec l’homme giflé, paqson jeté de bord.
Ô combat pour juger l’horreur, au front visqueux,
Qu’ont fols paras, d’abjecte rage, au champ gravée.
De quel bras vif portas ce juste blâme ! Hommage.

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25 janvier : Le Po’ouli, découvert grâce au magnifique avatar de Nerval (variante du Desdichado) écrit par Nicolas Graner. Cet oiseau reprend en anagramme le nom d’un mouvement littéraire dont Perec était membre, et comme lui nous émeut par sa Disparition.

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Dernier texte dans le recueil Oripeaux ( 5 février ) :

Al toro sin cuernos

Je vaque, dévoyé, -ou veuf, – ou dégommé,
Vieux doge de Padoue. Ô bée, abîmé, dôme.
Du feu qui a fugué, du vivide oud aimé,
J’évoque fade vide, aboi qu’avive baume.

Ogive du koubba : qui m’y bagua pâmé ?
Ah, qui a vu magique Adige où voguai, môme !
J’ai humé mauve à Pâque où ma foi m’a paumé,
M’égaya hampe du gamay doux à ma paume.

Qui : homme ? Jéhovah ? Qui : pape ? mikado ?
Je divague, ébahi du gage de ma dame ;
Igue me piège, abîme où m’aime apode femme.

Evadé de Yama, mimai fameux judo.
Beau maqam dédiai, de ma gigue kiffée,
Aux aveux de ma mie, aux appeaux de ma fée.

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Dernier texte dans le recueil Ouvrir ( 10 février ) :

Le mur de la vie

Pas le moment ! Ces manants, ces mirauds, ces étrons… Arrivent là pissant du nez, pensant la porte traverser ? Personne n’a l’aval. Ni rôdeur, ni poète. Lancé, tout troll respire le franc, mais jeté tel canne t’endort brut. L’un voit valser sous son cabanon ces foutus trois yeux de loups. Tel a vu une hure sombre surgir par là. Vite, qu’on brûle ces déguisés à nos feux bénis des temples ! Dansant, ils osent traverser un enclos, ils écrasent l’ample blé. Déjà la nuit des derniers temps, signal de sang, rougit la boue de ce fichu trou. Hier les chefs savants ont décidé d’élever un mur plus sûr. Bon, les intrus toquant n’auront nul usus du lopin repris sur l’aride tumulus, ce site virant zonards angoissants, brûlants désirs et dragons cinglés. Qui aime le miel a la trouille de se sentir nu, spolié par ces effrayants abacosts.

[…]

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Dernier texte dans le recueil Systoles ( 1er février ) :

neige

sur la monotonie
des champs horizontaux
pose un peintre au couteau
la blancheur infinie

gomme l’île ternie
la rouille des poteaux
l’ornière des autos
la charmille embrunie

de son pinceau gelé
la lumière cruelle
immobile révèle

à l’homme au cœur volé
un monde de silence
fait à sa ressemblance

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Journal

1er janvier : bonne (5×4);(5×4)-(5-4)

Combinez quatre et cinq par multiplication
Du produit retranchez des deux la différence
Que de ces résultats la juxtaposition
Vous apporte l’amour la joie et l’espérance

****

En guise de cadeau ce palindrome express:

L’an déplaît au mage
Qui, soja n’aimant,
D’une croix l’image
Impose âprement.

« Zéro, ce dix neuf ! ». Ôte tofu : « En xi décorez. »

15 janvier : Nouvel opus de « La ronde », échange bimensuel entre blogs. Heureux d’accueillir le beau rondel d’Hélène Verdier :

L’abeille a mal

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Au soc de la coque de fer
D’arcs et de ciels flotte le monde
Était un son sortant de l’onde
Mer d’indigos et mâchefer

L’abeille a mal – bourdon de mer !
Forgeant des ronds, menant des rondes
Au soc de la coque de fer
D’arcs et de ciels flotte le monde

L’abeille rêve un univers
Soleils mouillés, galante sage,
l’abeille rit, danse sauvage !
Mais s’ébranlait le monstre amer
Au soc de la coque de fer

image2-helene-verdier_ronde-janv2019

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Pour ma part j’ai l’honneur d’être accueilli sur le beau site de jacques pour « Le jeune prince et la jeune princesse » écrit d’après Shéhérazade de Rimski-Korsakov :

Pourquoi désirer si fort l’oubli ?
Pourquoi regretter le décret précipitant nos peines,
Ce donjon qui raconte, cruel,
Notre lente succion par l’obscur terreau ?
Le souvenir remonte endeuillé
Recouvrir l’impossible amour, fugitive ferveur,
Et survit l’innocente rougeur feutrée,
L’onde courbe des corps
Rejoints pour accomplir
L’indécente union, teints des frêles rayons
Qu’un pauvre astre inquiet pleure à genoux.

Cours, vent berceur sur la mer ouvrant liquide l’ondoiement serein jaillissant au milieu des jardins marins.
Cours, l’aube claire illumine l’ample caresse effleurant sans fin l’ivre écume tiède charriant un flot d’errances, frissonnant.

Tendus, nos bras offerts librement
Tournent sous l’immobile arceau froid d’un ténébreux tombeau.
Ils répètent ce brusque délire qui
Parcourut l’âme et la déchira.
Plus de détresse crispant nos nuits
Ni de serment d’éternel sort contraint, courbant à vie.
Car d’homme et femme est reçu, double, ce sang,
Breuvage merveilleux,
Voluptueux ferment.
Fort nos bouches de jaspe, chantant,
Nomment la mort jumelle douceur.

ronde-janv-2019_Sherazada_y_el_sultan

Vous trouverez également ce texte sur le présent site, et vous pouvez en entendre une version chantée par l’auteur.

 Suivez ce lien pour retrouver les dates plus anciennes dans la page «journal».


L’ambigramme du mot Oulipo est l’œuvre de Basile Morin. Je recommande la visite de son beau site.