La ronde : mai 2018

FAUX-DORMANTS

À mesure que je précisais l’itinéraire, c’était comme si je l’avais déjà suivi et je n’avais même plus besoin de consulter l’ancienne carte d’état-major. Mais était-ce vraiment le bon chemin ? Dans vos souvenirs se mêlent des images de routes que vous avez prises et dont vous ne savez plus quelles provinces elles traversaient. *

SOUVENIRS DORMANTS

Patrick Modiano

2017

* explicit du roman.

Les autres textes en italiques sont extraits

de la première phrase de chaque chapitre.

Merci à l’ami qui m’a offert ce livre,

et à Noël pour son accueil.

ronde-mai-2018-Illustration-Helene-Verdier

Un jour…

un ami m’a offert un livre. Un roman.

J’ai longtemps…

accroché aux branches des arbres, qui seraient forcément d’une seule espèce, celle des pins noir d’Autriche, des souvenirs, uniques ou répétés, portés par des couleurs, des odeurs, qui parfois peut-être n’ont jamais existé, transfiguration ? et par extension, « si tu te figures que… »

Vers…

quinze ans, j’ai lu, « Adieu mes quinze ans » de Claude Calame, enterrant déjà avant achèvement tout le temps écoulé, dans une routine bercée de 7 ans de lycée, de préaux, de sonneries, de saisons, de vacances, de chemins empruntés vers le col de l’exil pour entre plaine et montagne du Languedoc,

Le moment de la journée que je préférais…

et que je préfère toujours, c’est le petit matin, celui de la sortie des limbes, où l’on se reconnait, recollant les morceaux des rêves de la nuit déjà en partie oubliés, parmi lesquels parfois je retrouve les maisons d’autrefois, celles où j’ai vécu et la cour du lycée — lycée Georges Clémenceau ou les affres du bac —

Elle…

est ma mère dans sa robe d’été bleue à pois blancs, adossée à un arbre, un sourire aux lèvres inscrit dans une photographie en noir et blanc,

Geneviève, (…). Et cela pour l’éternité…

Geneviève, dit-il, …

j’ai beau chercher, je n’ai pas connu de Geneviève, sauf peut-être, au temps de l’ORTF, l’actrice Geneviève Page ? Le prénom n’était pas porté dans la famille, (trop parisien peut-être ?).

Geneviève (…) régulièrement,

Geneviève encore — associée à l’éternité, et au régulier des jours —

À partir du jour où…

Chez…

Mais je n’ai pas attendu le jeudi suivant pour « en savoir plus »…

Six ans plus tard…

Je tente de remettre de l’ordre dans mes souvenirs…

Je devais voir une dernière fois…

Au cours de cette période de ma vie…

Juin. Juillet 1965…

Nous franchissions rarement la frontière du côté sud…

mon père disait qu’il ne franchirait jamais la frontière espagnole tant que Franco était au pouvoir en Espagne. Un jour, bien longtemps après cet événement, vers 1998, nous avons pris la voiture et sommes allés à Cadaquès. Lumière blanche et falaises de pierre verte sur la mer. Il était vieux, malade, anxieux et, assez vite, il a voulu repartir. Plus tard, il a raconté inlassablement cette épopée à qui voulait l’entendre. Discordance des temps.

Le soir…

Un après-midi…

Je me demande si le souvenir lointain et confus d’un après-midi d’été…

en ce mois juillet 1968, nous sortions des amphithéâtres enfumés, gavés de discours verbeux, chats aveuglés par la lumière de l’été, enivrés par l’air de la montagne de Bédarieux. Les moniteurs des centres d’entrainement aux méthodes actives et spécialistes des dynamiques de groupe qui encadraient ce drôle ce stage — quelle obscure raison m’avait donc conduite là ? — nous avaient pourtant bien prévenus, le troisième jour était le plus difficile. Le troisième jour la crise était au rendez-vous au motif du partage inéquitable de la cueillette collective des fraises des bois. Alors chacun s’en retourna chez ses parents, sur le champ, sagement. Paradoxe du temps, c’est ici que s’acheva l’enfance.

L’année dernière…

Bien qu’elle n’ait jamais été identifiée…

Entre les pages d’un roman…

comme des marque-pages, j’ai trouvé des mots. Avec ces mots j’ai tenté de construire la menuiserie toujours inachevée des dormants et faux-dormants souvenirs qui ne dorment que d’un œil dans un silence de cathédrale, les souvenirs font semblant. Tout semble enfoui. Parfois je gratte les alvéoles, à moins qu’ils ne s’imposent à l’occasion quand surgissent des mots ou des images.

Je tente de remettre de l’ordre dans mes souvenirs (bis)…

Travail en cours.

La ronde est un échange périodique bimestriel de blog à blog sous forme de boucle. Le premier écrit chez le deuxième, qui écrit chez le troisième, et ainsi de suite. Pour chaque échange, un thème, un simple mot : aujourd’hui « souvenir(s) ».

Je suis très heureux d’accueillir Hélène Verdier pour la menuiserie inachevée de ses « Faux-Dormants ». Pour ma part j’ai la chance d’être accueilli chez Jacques qui publie « Trois amis ».

Voici comment, ce mois-ci, va la ronde :

Hélène Verdier, simultanées
chez Noël Bernard,
chez Marie-Christine Grimard, Promenades en ailleurs
chez Marie-Noëlle Bertrand, ​Éclectique et Dilettante
chez Elise, Même si
chez Giovanni Merloni, le portrait inconscient
chez Serge Marcel Roche, chemin tournant
chez Dominique Autrou, la distance au personnage
chez Franck, à l’envi
chez Jean-Pierre Boureux, Voir et le dire, mais comment ?
chez Hélène Verdier

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