Journal 2018

27 avril : Il y a 170 ans suppression de l’esclavage.

on a déchiré
le linceul où suffoquait
lacérée une ombre

13 avril : Après la conférence du Président de la République à la Conférence des Évêques de France.

L’Emmanuel met
La République en marché
Prêtre, dis amen

Prosterne-toi devant l’Arche
De la Nouvelle Alliance

6 avril : Mort de Jacques Higelin. Anagrammes :

Jacques Higelin
lâche jigs : quine.
Qui ? – Lâche, j’en gis.

3 avril : Participation massive au premier jour de la grève périodique des cheminots. Un haïku :

dans la nuit de glace
salut à vous cheminots
claire est votre flamme

23 mars : Anagramme à l’occasion d’une déclaration stupéfiante de Philippe Pétel, doyen de la fac de droit de Montpellier, soutenant une action violente aux relents d’extrême droite au sein de son établissement :

Philippe Pétel, doyen de la fac de Montpellier.
Le dol pénal cède fol myrte de Philippe Pétain.

19 mars : La campagne de crowdfunding de l’Ensemble 2021 entre dans sa dernière ligne droite: plus que 12 jours pour soutenir le projet VoCE 2018, création mondiale d’un oratorio de Thierry Machuel, et nous aider à accueillir plus d’une centaine de choristes européens pour un évènement unique en son genre.

Création de Mémorial, un oratorio pour l’Europe

15 mars : Nouvel opus de La Ronde, échange entre blogs, avec cette fois pour thème « Dialogue(s) ». J’accueille avec joie Franck Bladou :

Dialogue avec mon ennemi, mon frère

Je suis, comme l’a pu être avant moi Francis Bacon, et probablement aussi à cause de lui, de sa propre obsession, fasciné par le décorticage stroboscopique de l’assassinat de JFK à Dallas, le 22 Novembre 1963. Le défilé des images en couleurs, grossies, du drame qui s’est déroulé ce jour-là fut le prétexte d’une analyse balistique pour prouver l’existence d’au moins deux ou trois tireurs, ce qui a alimenté la thèse du complot. Comme si il y avait besoin de preuves pour l’affirmer. Qui donc, fou, désaxé, va calmement ajuster un tir professionnel à plusieurs centaines de mètres de sa victime et lui faire éclater le crâne dans une voiture en marche? Le plus gros maquillage de l’Histoire, un crime en direct, mitraillé par des dizaines de photos et de films amateurs, dont le plus connu dit de Zapruder, pris par la foule présente au moment des faits sur le trajet du convoi présidentiel. Un image par image terrible du drame en a été tiré , la 305 jusqu’à la 312, Jackie, inquiète, se penche vers son mari qui presse ses mains sur son thorax sans comprendre, la voiture avance jusqu’à la 313, celle de l’impact quand le crâne explose en une éruption orange verticale, la 337, Jackie, dans la même position tournée vers son mari, les yeux rivés sur la boîte crânienne déchirée de JFK, la bouche ouverte, les bras entourant ce qui alors n’est plus qu’un corps étrange à moitié décapité, fulgurante vision immortalisée dans les vert anglais, rose et bleu; les suivantes oú Jackie essaye de fuir l’enfer, enjambant le siège et rampant à quatre pattes vers le coffre arrière dans la Lincoln toujours en marche.

ronde-janv-18_Zapruder

L’image crue de chair explosée si caractéristique des portraits de Bacon.

Quelle démocratie assassine ses symboles, tire dans le crâne de ses présidents les plus charismatiques? Il y a, dans l’assassinat de JFK et d’Abraham Lincoln, la même volonté des commissionnaires de ces meurtres de s’approprier la force de l’ennemi et boire dans le crâne ou exposer la tête de l’adversaire devant l’entrée des villages ligures ou vikings.

Une poignée d’ivraie contamine le sac de graines, élimine un président élu en toute impunité, aux yeux de tous. Des quels yeux, quoi de plus naturel, naissent les zombis abrutis d’images sanglantes banalisées voire ludiques pour qui la réaction à la moindre frustration aboutit aux tueries de masse en série. Le cauchemar américain revient en un leitmotiv nauséeux chaque semaine quand les mêmes symboles sont atteints par les mêmes balles, et passent en boucle les images de Zapruder oú explosent en une gerbe sanglante la jeunesse, l’avenir, le progrès.

« I am a painter of the 20th century: during my childhood I lived through the revolutionary Irish movement, Sinn Fein, and the wars, Hiroshima, Hitler, the death camps, and daily violence that I’ve experienced all my life. And after all that they want me to paint bunches of pink flowers … But that’s not my thing. The only things that interest me are people, their folly, their ways, their anguish, this unbelievable, purely accidental intelligence which has shattered the planet, and which maybe, one day, will destroy it. I am not a pessimist. My temperament is strangely optimistic. But I am lucid. » Francis Bacon, interview de Giacobetti, 1992.

ronde-janv-18_Bacon-1986

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14 mars :  En cette journée de pi (3,14) mort de l’astrophysicien Stephen Hawking : un palindrome

Pi, tel un étalage d’art nu, d’un trad égal a tenu le tip.

Un pangramme hétéroconsonantique :

Caves : jetez y pi fabuleux qu’Hawking dorme.

13 mars : Jour sans E sur twitter. Deux contributions :

Un twoosh 280 :

Aujourd’hui du matin jusqu’au soir
On dirait qu’un courant d’air malin
Court sur nos mots vachards ou câlins.
D’avis jadis clairs ou blancs ou noirs
Qui tout à coup supprimant un son
Fit surgir un jargon polisson ?
Stop Oulipo ! D’un assassin bras
Un air si doux jamais n’occiras.

Un poème libre :

j’avais ma kalach à la main
tu parus dans ta gandoura d’un blanc ivoirin
j’ai vu ton cil battant fort
j’ai vu ton bras m’offrant un amour toujours vif
un avion largua sa cargaison d’obus
l’horizon s’obscurcit
un instant j’ai vu ton front brun dans un halo carmin
j’appuyai mon doigt
raaah ta ta ratata tac rataratatatac
tu disparus dans la fulmination d’un sang noir

8 mars : Journée internationale des droits des femmes. Un renga :

échouée

ses paumes marines
m’auraient offert un voyage
murmurant et vague

en ma nasse je l’enserre
brise son palpitement

sa bouche saline
m’aurait ouvert un abysse
aux couleurs mouvantes

elle se fige en ma glace
au pic j’y grave une loi

fragile coquille
qui referme pour toujours
sa lèvre meurtrie

moi sur le sable souillé
j’imprime une trace noire

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19 février : Très vif remerciement à Basile Morin, grand créateur d’ambigrammes, qui a mis dans le domaine commun le magnifique ambigramme du mot Oulipo qui ornera désormais la page d’accueil de ce site.

13 février : Lancement d’un crowdfunding

Création de Mémorial, un oratorio pour l’Europe

souffles accordés
des poitrines que soulève
le rire du vent

20 janvier : En hommage à Paul Bocuse décédé aujourd’hui, un poème en anagrammes :

m’as à manger

Élu -coup bas-
A bu opus clé :
Cep bu au sol.
Soûl. Bec pua.

Abus ! Coulpe !

Paul Bocuse
Coupe l’abus.
Poêla suc bu.
 » Ô plus au bec ! »

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18 janvier : En réaction à un belle page de Giovanni Merloni « Suffit-il d’une visite à Auschwitz pour apprendre à combattre la banalité du Mal ?  » ce message sur twitter :

Le Mal en ses grands bras berce l’âme en chantant
Et l’enfance malade, en sa messe d’antan,
S’attrape à sa caresse. Hélas elle l’attend,
La charrette de l’ange avançant dans l’étang.

15 janvier : La ronde, échange périodique bimestriel de blog à blog. Aujourd’hui le thème est « paysage(s) ». Je suis très heureux d’accueillir Jean-Pierre Boureux :

Paysage

Je le vis tant évoluer au cours de multiples et attentives observations que je me rendis compte que ce paysage, « mon » paysage, avait peu de réalité en dehors de ma pensée. L’observateur rend sensible dans l’instant et comme tangible ce qui évolue en permanence, sans existence autre que celle d’un amoncellement désordonné de matières et d’êtres. Dès lors tout devient paysage, le plus vrai est celui que je crée et il a autant de vérité que celui évoqué par des hommes de plume ou de pinceaux. Ainsi la couleur jaune devient-elle soleil et la rivière Aisne le Nil dans des paysages irréels mais si présents, comme vous le constatez ci-après.

Alain, Propos, L’apparence sacrée, 1er juillet 1933, La Pléiade, nrf, 1956, p. 1166

… « Ce que représente le peintre, et selon toute la force du mot, c’est l’heureux premier moment et la première rencontre ; c’est la jeunesse d’une pensée. … Il balaie le paysage réel ; il nous remet dans le temps sauvage où l’on ne le voit pas encore. Ces collines lointaines, je ne sais ce que c’est et je ne le saurai jamais. … »

Lorsque dans l’année 1956 essentiellement, Pablo Picasso réalise une série d’une douzaine de toiles : « Les Ateliers », un an après sa série des « Femmes d’Alger » il leur a donné pour nom : « Paysages d’intérieur ». Picasso a peint peu de paysages, ci-dessous : « Paysage nocturne » une huile sur toile (146 x 114 cm) exécutée le 26 septembre 1951.

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« … Il y a des peintres qui font du soleil une tache jaune, mais il y en a d’autres qui par leur pensée et leur talent, font d’une tache jaune le soleil. » Picasso.

Klaus Gallwitz, Picasso Laureatus, son œuvre depuis 1945. La Bibliothèque des Arts, Lausanne et Paris, 1971, p. 51

Lisons encore, transportés dans un inattendu paysage, les réflexions du naturaliste, théologien et en la circonstance, brancardier et combattant Pierre Teilhard de Chardin. Il vient de quitter le Chemin des Dames et se souvient des jours d’avril à juin 1917, où lors de périodes de repos il séjournait parfois au-dessus des rives de l’Aisne. Il sculpte par mots un panorama mémorisé depuis la « côte 162 » immédiatement au-dessus du village de Révillon (Aisne), l’une de ses haltes paisibles. [localisation = J.-P. Boureux]

 « Et mon rêve se précise. La crête dévastée dont la silhouette, de plus en plus violacée, meurt dans le jaune pâlissant du ciel, est devenue tout à coup le plateau désertique où j’ai si souvent nourri, comme en un mirage, mes projets de découverte et de science, en Orient. Devant moi, au-delà des prairies, voilées de brume naissante, où les coudes de l’Aisne font des taches laiteuses, la crête dénudée du Chemin des Dames se détache, nette comme une lame, sur le couchant doré, moucheté de drachen. … L’eau qui blanchit dans la vallée, ce n’est plus l’Aisne : c’est le Nil, dont le miroir lointain m’obsédait jadis comme un appel des Tropiques. Je me crois maintenant assis au crépuscule, vers El-Guiouchi, sur le Mokkatam, et je regarde vers le sud… » [banlieue du Caire]

Pierre Teilhard de Chardin, La nostalgie du front in Ecrits du temps de la guerre, Grasset, 1965.

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Révillon, Côte 162, rives d’Aisne en-dessous du Chemin des Dames, aquarelle J.-Pierre Boureux

Pour ma part j’ai le bohneur d’être accueilli par Giovanni Merloni pour « le mur d’en face »
le mur d’en face

la fenêtre
donne sur la cour
Ram voit à travers les carreaux
le mur aveugle où rien ne vient trancher sur le gris
sauf une humidité phosphorescente et du pigeon cette coulure laiteuse
il s’assied pose à côté de lui son sac vide et son manteau de grosse laine il regarde l’autre côté de la cour et ce mur

et ce mur
qui n’a jamais vu
le ciel ouvre sans prévenir
une transparence où sous un soleil de velours
Ram reconnaît au centre du hameau son toit de tôle sa porte et le banc bleu

sous le pont
le torrent qui danse
sur la place hurlent deux chiens
autour les bambous dressent leur mystère immobile

sur l’asphalte
deux corps dénudés
son père et sa petite sœur

Ram a froid
il se lève et ferme

le volet

Vassily_Kandinsky,_1932_-_Unequal

Voir la page de ce poème chez Giovanni Merlonisur ce site

 

10 janvier : Un jugement condamne une femen pour exhibitionnisme. Ce pangramme (un peu long !) reprend tous les mots d’une phrase célèbre.

Ce vieux juge, de femme ayant poitrine nue,
Fumant de rage, a fustigé l’exhibition.
Son whisky bu, porta l’estoc avec passion.
Devinez qui est blond : la réponse est connue !

Voir la page de ce poème

1er janvier : Après les vœux de notre président :

#questcequejepeuxfairepourlepays réponse pour quatre matins :

Contribuer à le débarrasser de ses parasites
Démasquer leur serviteur mis à la tête de l’Etat
Avec tous ceux qu’ils veulent asservir relever la tête
Abattre les temples de l’argent bâtir celui du bonheur