mercredi, 22 novembre 2017
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Ce n'est pas de sa faute : pris au piège

Il est important de souligner que ce n'est pas que les adolescents ne veulent pas s'endormir tôt, c'est qu'ils n'y arrivent pas : le sommeil n'est pas au rendez-vous, ils mettent des heures à trouver le sommeil. S'ils se couchent à une heure raisonnable, ils tournent en rond dans leur lit et la tentation de prendre leur téléphone est alors grande... Le syndrome de retard de phase est un cercle vicieux dans lequel beaucoup d'adolescent tombent.

1 collégien sur 10 et 4 lycéens sur 10 sont en privation de sommeil en semaine(1). Un adolescent sur 4 dort moins de 7h par nuit alors que le besoin de sommeil à cet âge est d'environ 9h(2). Le syndrome de retard de phase est donc très fréquent chez les adolescents. Pourquoi ?

Se coucher tard ou tôt, être lève-tard ou lève-tôt dépendent du moment où notre corps produit une hormone particulière : la mélatonine.  Nous avons dans notre cerveau une réelle horloge biologique qui commande la synthèse de cette hormone du temps. Cette horloge est régulée par l'exposition à la lumière. Nous nous rendons compte de l'activité de cette horloge, par exemple, quand nous changeons d'heure aux solstices ou au cours de voyage quand nous traversons des fuseaux horaires. Plus la mélatonine est produite tôt dans la journée, plus nous avons envie d'aller au lit de bonne heure. Inversement, plus elle est produite tardivement dans la soirée, plus l'envie de dormir vient tard dans la nuit. La puberté retarde la production de la mélatonine. En conséquence, les adolescents ont une tendance biologique à se coucher à une heure avancée, leur envie de dormir vient de plus en plus tardivement au cours de la puberté.

Contraint de se lever tôt en semaine, les adolescents accumulent une dette de sommeil, une fatigue et une somnolence importante les jours scolaires. Ils siestent ou consomment des stimulant ou font des grasses matinées le week-end; ce qui retarde encore plus l'envie de dormir le soir. Les soirées sont alors longues à attendre le sommeil. Ils tuent alors le temps à jouer aux jeux vidéos, à chatter sur le téléphone, à surfer sur internet, à regarder des films, autant de temps passé devant un écran lumineux(3) qui retarde encore plus la production de mélatonine(4)...

Le syndrome de retard de phase est un cercle vicieux duquel il est difficile de sortir seul, même avec la meilleure volonté du monde. Toutefois, ce n'est pas une fatalité, il est possible de casser ce piège et d'améliorer le sommeil et l'éveil de son adolescent.

 

Figure : Cercle vieux du retard de phase chez l'adolescent par B. Putois

Références scientifiques :

  1. Leger, D., Beck, F., Richard, J.-B., & Godeau, E. (2012). Total sleep time severely drops during adolescence. PloS One, 7(10), e45204.
  2. Keyes, K. M., Maslowsky, J., Hamilton, A., & Schulenberg, J. (2015). The great sleep recession: changes in sleep duration among US adolescents, 1991-2012. Pediatrics, 135(3), 460–8.
  3. Hysing, M., Pallesen, S., Stormark, K. M., Jakobsen, R., Lundervold, A. J., & Sivertsen, B. (2015). Sleep and use of electronic devices in adolescence: results from a large population-based study. BMJ Open, 5(1), e006748.
  4. Van den Bulck, J. (2004). Television viewing, computer game playing, and Internet use and self-reported time to bed and time out of bed in secondary-school children. Sleep, 27(1), 101–4.